Que d'amours malheureux
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|  | Pensée unique. Celle des pour, contre celle des anti, et réciproquement. Pensée vraiment ? Si seulement !
Double-discours monocorde de part et d’autre, bien rôdé, bien huilé, bien bétonné surtout. Double sincérité sans doute. Double précipitation argumentaire à l’emporte-pièce.
Que de violence verbale, symbolique, que de fermetures, que de mensonges qui s’ignorent, de peurs irraisonnées, de préjugés ! D’exaltation chez les uns ; d’obscurantisme chez les autres.
Que de manipulations, de récupérations ! Que de rencontres ratées ! Que d’amours malheureux !
Que d’amour malheureux… Marie-Christine Bernard – mai 2013
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Le massacre continue
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|  | D’imprégnations et imprégnations, de patience en constance, d’obstination en loi de la physique, des quantités infinitésimales de produits toxiques sont parvenus à descendre lentement mais sûrement depuis nos poubelles jusqu’aux nappes phréatiques. Comment s’en étonner ? Où croit-on que finit tout ce qui se produit sur terre ? Sur terre. Bien tassé, ça finit dans la terre. Le temps passant, ça nous revient par les racines des profondeurs jusqu’aux nuages qui déversent de leur côté des pluies pas toujours limpides. C’est d’une logique implacable que les crânes d’œuf qui manipulent le vivant comme les jongleurs leurs petites balles, connaissent pourtant. Mais en tenir compte obligerait nombre d’entre eux à abandonner le métier. Alors on fait comme si… Comme si bidouiller ce qu’on ne connait pas vraiment, pour le réduire à ce qu’on maîtrise et qu’on peut produire n’avait aucune conséquence. Ah ! Mais ce qu’on peut produire, on peut aussi le commercialiser ! Et si possible en grandes quantités, car le gaspillage fait aussi tourner le commerce ! Alors on mange et on boit et on respire et on se lave…et on se rend malade. Le massacre de notre planète est l’un des plus grands crimes que l’on puisse commettre. Car c’est à la fois le goût de vivre d’aujourd’hui et la possibilité même de vivre demain qui est en jeu. Mais il paraît qu’il faut minimiser pour ne pas affoler la population… : un moral atteint, c’est du business en moins, n’est-ce-pas ? La morale attendra… Marie-Christine Bernard Avril 2013
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Gonflé...
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|  | Après avoir été sponsorisé largement par sa famille, aisée et cultivée, pour suivre les meilleures études dans les meilleures écoles, ce cadre dirigeant de haut niveau travaille dans une entreprise internationale et bénéficie d’une marge de manœuvre confortable qui lui donne même le droit à l’erreur. Fort de son CDI, il touche un salaire très confortable, mois après mois, sans compter les plus de fin d’année. Et son quotidien laborieux se passe dans les hôtels hauts de gamme, les restaurants étoilés, et les classes-affaires des vols long courrier. Même s’il venait à être débarqué, son parachute que l’on devine doré, lui offrirait un atterrissage en douceur et il pourrait se retirer alors dans une de ses propriétés pour attendre tranquillement de faire valoir ses droits à la retraite. A moins que ne lui prenne l’envie de s’occuper en travaillant, et alors son carnet d’adresse se révèlerait être une mine d’or efficace à portée de clic. Or, cet homme, le plus sereinement du monde, estime – et défend la chose avec ses pairs - que ses compatriotes des classes moyennes sont gangrénés par une mentalité d’assisté. Cherchez l’erreur… Marie-Christine Bernard Mars 2013
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Trop de voeux ?
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|  | Mes boites de courriels débordent de vœux envoyés en un clic grâce l’automatisme des listes interminables de destinataires dont je suis. Les renvois sur les sites internet ludiques, les cartes postales électroniques, les diaporamas rivalisent d’inventivité. En prendre connaissance demande, disons, un certain temps. Pour un résultat moyen. Leurs auteurs semblent parfois tellement contents d’eux, de leur trouvaille... En mal d’applaudimètre ? Et je n’ose pas répondre de peur d’inonder à mon tour les boîtes de personnes que je ne connais pas, où, de peur, par mes simples mots sincères, de ne pas savoir toucher. Je ne désire pas toujours répondre du reste, tant certains vœux restent distants et passe-partout, formels. Parfois débordée, je n’arrive pas non plus à accorder à tous ces envois une attention suffisante et je pourrais répondre à l’un et oublier l’autre, et donc blesser bien inutilement. Les cartes reçues par voie postale sont déposées autour de la crèche. Leurs auteurs seront au moins certains d’être nommés dans ma prière. Ça cultive la qualité du lien. Et au milieu de tout ça il y a les exceptions : les vœux comme occasion de reprendre contact, de donner de vraies nouvelles, d’en appeler en retour. De dire « Je ne t’oublie pas. Je me réjouis que tu sois. Et j’appelle du bien sur toi. » Cela suffit pour rendre certains jours plus légers. Marie-Christine Bernard Janvier-février 2013
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Fête volée trois fois
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|  | En ce premier samedi de décembre, les enfants sont contents : ils jouent déjà avec leurs jouets de Noël dans le TGV qui les ramènent de Paris, où ils sont allés en famille faire les courses de fin d’année. Pendant ce temps, les parents sont plongés dans leurs i-pad et tablettes qu’ils se sont peut-être aussi offerts à cette occasion. Ainsi, ils sont donc volés trois fois ces enfants. Ils se sont fait dérober la joie de l’attente du jour de fête, et de la surprise de la découverte. Il est vrai qu’ils sont facilement blasés, nos chérubins, et qu’ils ne manquent pas de reprocher aux parents et grands-parents en direct et le jour-même que leurs cadeaux sont pourris, ringards et décevants. On peut comprendre que les adultes anticipent et mettent toutes les chances de leur côté pour éviter l’affront effronté. Le cadeau n’existe plus donc. Il est remplacé par un dû en bonne forme et sur-mesure de l’envie du moment. Second vol : celui du plaisir d’être ensemble, non pas côte-à-côte chacun dans sa bulle, mais en famille dans des liens ludiques, jubilatoires, complices, inattendus. Dernier vol : plus lointain, perdu dans les strates enfouies d’une culture qui mute ou fuit en avant vers l’implosion, l’avenir nous le dira, celui du sens même de la fête de Noël : la joie célébrée, vécue, chantée, dans les cadeaux et autour d’une tablée chaleureuse, la joie d’être visité par Dieu en personne au cœur des clair obscurs de nos vies. Mais c’est une autre histoire… Enfants trois fois lésés donc. Endommagés. Marie-Christine Bernard Décembre 2012
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Ne pas perdre le sens biblique
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|  | Trois rappels, juste en passant, parce que ça urge (et sans prétention à clore quelque débat en cours que ce soit) : 1- Le Christ n’a pas demandé à ses disciples de défendre la civilisation européenne du XIXème siècle, ni celle du XXème d’ailleurs, ni aucune autre… 2- La Bible n’offre aucune réponse aux questions, encore moins à celles qui se posent à nous depuis moins d’un siècle… 3- La Bible n’est de toute façon pas un catalogue de réponses « clef-en-main ». Comme l’enseigne l’Eglise catholique elle-même : il ne faut pas faire de la Bible une lecture littérale, fondamentaliste ! Car c’est le Christ la clef d’interprétation de toute l’Ecriture. Son Esprit seul permet à ceux et celles qui acceptent de laisser son souffle les habiter, d’entrer dans l’intelligence biblique, intelligence intérieure, régulée dans et par une communauté de foi, vérifiée dans la pratique de l’amour à la manière de l’Evangile. C’est par ce chemin-là que la Bible « parle » au cœur, qu’elle éclaire notre raison, et ouvre des chemins de réponse. Elle se révèle ainsi « inspirée » parce qu’inspirante pour aujourd’hui. Elle devient par là : « Parole ». C’est vraiment le b-a-ba de la spiritualité chrétienne. Alors entendre tel ou tel catholique tirer vers soi tel texte, voire telle phrase, ou tel épisode pour asséner ce qu’il croit être une vérité éternelle, alors que c’est juste la défense de son petit pré carré mental, et parfois social… oui, je l’avoue, ça me file le blues. Novembre 2012 Marie-Christine Bernard
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Mendiants
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|  | Ils avaient disparu pendant les grandes glorieuses : au début des années 80, il ne restait alors que les clochards, j’allais dire « habituels » hélas, désocialisés pour des raisons qui ne tenaient pas au contexte économique. Mais quand les effets du premier choc pétrolier avaient atteint les couches les plus fragiles, nous avions vu réapparaître des hommes et des femmes rattrapés par un chômage durable, des fins de droits, des expulsions… Le RMI a permis d’éviter le pire, mais la fragilité a recréé la mendicité. Et aujourd’hui, dans les transports en commun des grandes villes, les mendiants sont nombreux qui se succèdent en pleurant quelques pièces. Trop nombreux. Mots agressifs ou lamentations interminables, accents divers, histoires invraisemblables trop bien tournées pour être honnêtes, ou balbutiements malheureux …Le cocktail est explosif à certaines heures. Aux heures de pointe, par exemple. Ainsi, il arrive que les voyageurs fatigués entassés dans des voitures bondées, obligés de se battre à longueur de journées, de semaines, de mois, pour garder leur job, assurer la vie domestique, éduquer les enfants, et qui, on le sait par de très sérieuses études, se montrent généreux envers les associations caritatives, ils arrivent donc qu’ils se fassent insulter le temps de leur déplacement, traités d’égoïstes, d’indifférents, de sans-cœur... Et si personne ne moufte, c’est juste par pitié envers ces miséreux dont on ne voudrait pas alourdir encore la charge. Mais on voit bien qu’ils n’en peuvent plus…eux non plus. Marie-Christine Bernard Octobre 2012
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Décharge lunaire
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|  | Moi aussi je m’en souviens, de ce jour de juillet 1969. J’avais 10 ans. Nous étions restés médusés devant les images du premier pas sur la lune. Images en noir et blanc, un peu tremblantes, voix quelque peu chevrotantes, lenteur des mouvements, silences ponctuant les commentaires journalistiques moins bavards qu’aujourd’hui mais à l’enthousiasme contagieux. J’entends mon père, qui n’en croyait pas ses yeux, murmurer : « Ils l’ont fait ! Ils y sont arrivés ! Quand même ces Américains… ! ». On regardait sans y croire, on y croyait sans rien voir que ces images fantastiques, car à lorgner la lune en vrai, on ne voyait rien de nouveau sur sa surface dorée, et on savait cela normal, mais enfin plus tout à fait aussi normal qu’avant. C’était sidérant. Et puis les décennies ont passé, on ne compte plus les satellites et autres engins spatiaux qui tournent autour de la terre. Nous voilà même capables de rapporter un reportage photos de la planète Mars ! C’est triste à dire, mais en ces jours où l’on se souvient de ce « grand pas pour l’humanité », je ne peux pas m’ôter cela de l’esprit : abandonnés sur le sol lunaire, gisent aujourd’hui les déchets laissés par le passage de l’homme. Première preuve de sa « conquête » : une poubelle à ciel ouvert…sur la lune ! Marie-Christine Bernard août -septembre 2012
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Démocratie ou étiquettocratie ?
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|  | Qu’est-ce qu’une démocratie en bonne santé ? Je ne sais pas. Mais une démocratie mal en point, on y est. A tous les niveaux, la mode est à la posture : c’est « avec moi » (personne, parti, courant de pensée) ou « contre moi », pas de nuances ! Chacun dans sa case, et une seule ! Tu es contre une logique du tout-comptable dans les métiers relationnels (éducation, santé, social etc) ? Alors, te voilà casé à gauche. Tu ne souhaites pas qu’on accorde le droit de vote aux étrangers ? Alors ta case est à droite. Tu milites pour que la solidarité nationale joue en direction des plus vulnérables ? : gauche. Tu souhaites que l’éducation nationale se réforme en profondeur ? : droite. Tu t’inquiètes des dérives intégristes de l’Islam ? : droite, voire pire ! Celle du catholicisme ? : gauche, voire pire, si tu es ardent défenseur de la laïcité à la française. Tu en appelles au sens de la responsabilité ? : droite. Tu insistes sur la solidarité ? : gauche. Tu défends l’esprit d’entreprise ? : droite. Tu veux un rapport plus équilibré à l’environnement ? gauche. Etc, etc, etc… Pourrait-on, enfin, cesser ce sport de l’étiquetage permanent ? Déposer les armes idéologiques. Reprendre pied démocratique, ensemble, à tête reposée. Ecoutons les personnes concernées, étudions avec attention et sans parti pris les rapports les plus sérieux fournis sur tous ces sujets de fond. Cherchons ensemble les meilleurs chemins – réalistes, et forcément provisoires – pour garantir notre vie commune, dans la paix, la fraternité, la liberté. Rêve-je ? Marie-Christine Bernard juin 2012
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Perdre son temps à en gagner
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|  | Gagner du temps : c’est LA raison principale avancée pour vanter les mérites des changements incessants qui nous sont imposés. Des bornes automatiques chargées de délivrer des billets de transport, aux quelques minutes rognées sur un trajet TGV ; des caisses sans caissières aux tablettes super-branchées, (vous savez, ces espèces de couteaux suisses intergalactiques capables de toute sorte de choses dont on se passait bien jusque là) (mais qui ne savent pas couper une tranche de pain) ; des plats tout préparés aux goûters anniversaires fournis clefs-en-main…la liste est longue de ce qui doit nous faire gagner du temps. Mais ce temps gagné, pour quoi l’est-il ? Ne voyons-nous pas que du temps, lorsque l’on est engagé dans une vie familiale et professionnelle ordinaire, nous en manquons de plus en plus ? En pratique, le temps gagné se trouve absorbé par trois activités que le fait d’en gagner génère : - se familiariser avec les derniers gadgets (ludiques et chronophages) et paramètres technologiques : adaptation en continu tant le rythme des évolutions techniques ne laisse aucun répit. - tenter de gérer les multiples relations produites par les réseaux via l’internet, dont le nombre est en croissance exponentielle. - se reposer des tensions nerveuses et de la fatigue mentale que ne manquent pas d’apporter l’impératif de réactivité, de simultanéïté et d’instantané. Si les avantages du gain de temps tout azimut existent, on peut quand même se demander si les inconvénients ne l’emporteront pas…au bout du compte. Mais je suis là dans du long terme…un peu hors-sujet technologique, sans doute. Marie-Christine Bernard juin 2012
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Décibels
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|  | En marchant dans la ville, il arrive que je sois tirée de ma rêverie par une tonitruante musique déversée d’une voiture, parfois vitres fermées ! Enfin, quand je dis musique, je devrais préciser qu’on reçoit plutôt en sonores coups de poings, un rythme de percussion en général sur deux temps, la finesse n’étant de toute façon pas au rendez-vous. Les passants lèvent le nez, cherchent l’envahisseur décibelisé, et tirent plutôt la tronche. Même par grand soleil, je n’en ai jamais vu qui se mettaient à battre des mains, ni à danser. Le conducteur reste bien droit dans son siège, fait mine de ne pas s’apercevoir que tous le regardent et que personne n’approuve. Il nous resterait donc un peu de Kant dans les veines, sans qu’on s’en souvienne ? Oui, le philosophe ! Ne parlait-il pas de cette règle morale qui nous enjoint d’agir dans le sens de ce qui pourrait valoir universellement ? Imagine-t-on tous les conducteurs se conduire de la sorte ? Ce serait infernal, on ne s’entendrait plus du tout, ni en soi ni entre soi. Et puis on y a ajouté un peu d’hygiénisme : n’est-ce pas là une pratique propre à bousiller les tympans de celui qui s’y adonne ? Et les neurones ? Comment peuvent-ils suivre normalement leurs cours dans ce vacarme insensé ? Ah ! C’est que ce monsieur (car c’est presque toujours un mec) aurait besoin de s’affirmer ! De ce faire remarquer ! De montrer qu’il existe ! Franchement, n’y aurait-il pas une autre voie ? La voix humaine par exemple…celle qui oblige à tendre l’oreille. Ce qui se passe alors, ça s’appelle la relation humaine, tout bêtement. Marie-Christine Bernard avril 2012
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Friche
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|  | Nous changeons de culture, (de civilisation ?) c’est un fait. La rupture qui s’opère, n’est pas que de forme, elle est cassure, sur le fond. Comme si nous étions propulsés hors d’un continent, non sans brutalité, par la force de nouvelles manières d’être, de vivre, de se comprendre, d’être en lien… Nous voilà depuis une vingtaine d’années maintenant requis tout entier à tenter de prendre pied dans un ailleurs qu’il n’est pas certain que nous ayons choisi. Nous voici citadins, même à la campagne, même agriculteurs. Nous dépendons tous du super-marché et du frigo. Nous voici liés par des techniques sophistiquées dont, dans le meilleur des cas, nous ne maîtrisons que l’utilisation. Nous voici captés sans répit dans une avalanche d’informations, de sons, d’images, de bruit, d’excitations. Se concentrer, laisser le temps au temps, fixer sa pensée sur une idée pour la laisser donner tout son jus, retenir son attention sur une personne pour l’accueillir sans l’amputer, se laisser surprendre et savourer de l’être…. Tout cela n’est pas seulement devenu difficile. Il semble que ce soit devenu indésirable. Surfer d’une chose à l’autre au gré des envies apparaît le summum du fun et le fun se suffit à lui-même. Tout est bon, à portée de main, de clic, pour éviter de durer dans quelque chose d’ « autre » que son soi narcissique. Il en ressort une désinvolture, une superficialité, une inconscience de ses manques, de ses lacunes, de ses soifs, absolument sidérantes. La première génération née – j’ose à peine dire « formée » - dans ce climat arrive sur le marché de l’emploi. On y trouve des personnes formidables. Mais aussi une bonne part de l’humanité de l’humain en friche, comme en friche industrielle. février- mars 2012 Marie-Christine Bernard
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Livre et liberté
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|  | Dans le contexte des nouvelles technologies, l’usage systématisé du clavier, qui avait rendu quasi obsolète la manipulation des crayons et stylos, est pourtant déjà dépassé par l’invasion des écrans tactiles. Des écoliers appliqués, langues tirées, à dessiner sur leurs cahiers des lettres, minuscules et majuscules, bien soigneusement alignées, devient donc une image à ranger au musée. Qui parmi eux écrira ainsi, si tant est qu’il ou elle écrira ? Moi-même, je compose ce billet à partir d’un clavier. J’ai pris conscience il y a peu, en remplissant un formulaire papier, que ma calligraphie était de plus en plus mauvaise, faute de s’entretenir. Mais enfin, je fais partie des personnes qui ont encore le choix, et l’absence de clavier n’est pas pour moi un obstacle à l’écriture. Et puis le livre est en crise : sauf quelques exceptions, les gens de moins de 50 ans ne lisent plus, à part mangas, BD et, bien sût, écrans divers. Il leur faut, dit-on, des textes courts, des phrases simples, et si possible illustrées, et si possible de façon ludique… Comment dire ? Imaginer la fin du livre me remplit d’un mélange d’effroi, de nostalgie, d’un sentiment d’une immense perte. Car ne disparaît pas seulement le support matériel du livre, lequel peut en effet être remplacé : s’en va surtout l’habitude d’une concentration solitaire un peu soutenue devant un texte qui résiste en sollicitant notre imaginaire et notre capacité à conceptualiser ; s’en va aussi l’encouragement à réfléchir, en compagnie d’un auteur, en tenant la corde, le fil du propos, jusqu’au bout, de façon curieuse, accueillante et critique, sans pouvoir zapper au moindre signe d’ennui. La liberté de lire sans dépendre d’une énergie autre que la sienne propre a été une telle conquête... Comment peut-on laisser mourir le livre ? Marie-Christine Bernard janvier 2012
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Vivre ou se divertir
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|  | Le divertissement est devenue une industrie. Il draine dans son sillage des millions d’emplois, certes, mais aussi un bilan carbone désastreux au vu de ce qu’il coûte en énergies diverses, un épuisement neuronal de créateurs sommés d’inventer en flux tendu, une telle proportion d’imbécillités diverses qu’on en oublie vite les quelques pépites échappées du barnum par miracle, et une occupation du temps de l’espace, et donc du cerveau, proche de l’invasion. Le ludique s’impose comme le nouvel impératif, de l’école aux loisirs, du travail à la vie de famille, de la sexualité à la santé : il faut s’a-mu-ser. La vie serait-elle donc un jeu ? Le temps de notre vie, notre histoire personnelle, serait-elle une longue recréation où l’on passerait d’un jeu à l’autre, gambadant dans la cour du monde en chantonnant, dans l’insouciance permanente, juste obsédé par la peur de l’ennui et du temps mort ? Je ne le crois pas. Je crois que la re- création n’est savoureuse que lorsqu’elle rythme une vie de création : création de soi, des liens avec le monde et les autres, création de richesses affectives, matérielles, artistiques, intellectuelles, etc. Créer dans le mouvement même d’avoir à naître à soi-même. Cela est une joie, la source même de toute joie. Or, toutes les sagesses du monde en font le constat, d’expérience, cela ne se fait pas sans douleur. C’est pourquoi on a besoin de temps gratuits et ludiques, de jeux, de respirations. Non pas pour nous divertir de l’essentiel, bien au contraire, mais pour nous refaire les forces afin de nous y tenir toujours à nouveau. Parce qu’on puise à cet essentiel toute la saveur de la vie. Celle qu’aucun divertissement, aussi sophistiqué qu’il puisse être, ne peut apporter. Cette saveur-là ne s’achète pas. Marie-Christine Bernard novembre 2011
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Cherche humain humain...
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|  | « Cherche humain humain » Telle pourrait être l’annonce qui passerait en boucle au bas des écrans de télé et d’ordinateur dans quelques années, peut-être moins, si l’on continue notre folie. Car des humains virtuels, aplatis dans leurs profils internet sur des écrans sans âme, des humains jamais là mais toujours encombrant nos réseaux, il y en aura des quantités. Des humains atomisés, dispersés en mille morceaux suivant le cours de leurs multiples envies changeantes et immédiates, on en trouvera aussi. Des humains froids comme la pierre, inattentifs comme les choses, muets comme les plantes, méfiants comme les bêtes, oui il y en aura, c’est sûr, la culture est en si bonne voie, la récolte sera abondante ! Mais des humains humains, en restera-t-il ? Des humains en chair et en os, bien présents, qui ne se cacheront pas à la moindre interrogation sur le sens qu’il y a à vivre, qui ne fuiront pas le silence où se dépose le sel de la vie, qui se tiendront debout sans plus de certitude, ouverts à l’autre, aux autres, disposés à s’engager à corps et à cœur dans l’aventure de la vie…Des humains qui aimeront être humains, seulement humains, vraiment humains, de tendresse vive. Des humains humains, en restera-t-il ? Marie-Christine Bernard Octobre 2011
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Rentrée
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|  | Voilà : la « rentrée » officielle est dans sa ligne droite ! L’agitation citadine reprend son cours stressé, et pas seulement en ville. Les médias déversent leurs nouvelles grilles destinées à captiver les foules, à les captiver au sens littéral, à savoir les retenir dans l’étroit périmètre de leurs annonceurs et sponsors tonitruants. Ils nous assaillent sans ménagement, nous les « foules sentimentales ». Pendant ce temps, imperturbables, les jours raccourcissent en offrant vers le soir une lumière dorée sur la fraîcheur de septembre. Elle caresse les arbres et tendrement colore leurs feuilles avant de les laisser danser dans l’air automnal. On aimerait rester là, entre bois et prés, rivières et sentiers, chemins de pierre et buissons de mûriers. Bouder la rentrée. Mieux, l’oublier. Rester hors du train qui mène le monde et nous entraîne dans le tourbillon de sa course folle. « Si cela ne tenait qu’à moi… » se surprend-on à penser. Mais le moment n’est pas encore venu sans doute. De ces parfums d’automne, de ce silence des grands espaces, de cette grâce qui murmure Dieu en tout ce qui vit, il faut aller parler à tous ces gens, leur en offrir des scintillements en pur cadeau, en pure perte, juste pour qu’ils s’en souviennent, juste pour qu’un jour, peut-être ils réalisent à quel point ils sont aimés… Marie-Christine Bernard sept 2011
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Etre star et rien d'autre ?
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|  | Parents, enseignants, conseillers d’orientation, tous font ce constat : les enfants et les jeunes rêvent tous d’être « star ». Dépassé le temps où l’on pouvait aspirer à devenir comédien, écrivain, peintre, sculpteur ou danseur, avec le secret désir d’être connu, reconnu par son talent ou son génie. Aujourd’hui, vraiment, peu importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse. Peu importe dans quel domaine on s’engage, pourvu qu’on ait la gloire et l’argent qui va avec. Même l’hypothèse de n’avoir pas de talent particulier pour un statut d’artiste ne décourage pas les prétendants qui l’assument très bien : il suffit de savoir se fabriquer une image et bien la médiatiser. On envisage sans problème de « créer » son personnage, de se fabriquer une identité artificielle. Coachs spécialisés en la matière et potentiel technique bien utilisé suffisent à rendre la chose possible pour n’importe quel quidam capable de saisir sa chance. L’idée que l’art soit l’expression, à travers son « génie » propre, d’une sensibilité qui éveille celle des autres à travers tel ou tel support, n’effleure plus. Quant à penser que l’art puisse ouvrir du sens à vivre par la trace d’une justesse à être soi et à se donner aux autres dans une vérité mûrie d’humanité, c’est tout bonnement devenu hors-sujet. C’est l’orgie de l’émotion à deux balles, de la ruse, de l’éphémère et de la gloriole abreuvée de démagogie. Qu’est-ce que cela apporte ? Du divertissement aurait dit le philosophe Pascal. Autrement dit, du gâchis de liberté. Eté 2011 Marie-Christine Bernard
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Rien a cirer ?
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|  | « De toute façon, j’y comprends rien » dit-il et jetant d’un geste dépité le numéro du magasine Le Pèlerin qui m’avait confié une chronique durant Carême. L’histoire m’a été rapportée par un couple de retraités qui s’étaient réjoui, en la lisant, d’un langage qui leur semblait « enfin » accessible à un plus grand nombre. Ces fidèles lecteurs du Pèlerin avaient donc glissé la revue dans les mains de cet homme, leur fils en l’occurrence. Il a la quarantaine, il est cadre dirigeant d’une grande boite, il ne fréquente plus l’église en dehors d’une messe de Pâques concédée certaines années fastes. Il n’a rien contre la foi, encore moins contre les chrétiens : il s’en fiche comme de sa première chemise. Tout indique que plus il avance dans sa vie, plus il s’éloigne de tout cet héritage issu, bon an mal an, de générations de chercheurs de sens, chercheurs de Dieu. Ce n’est même plus une question de langage ou de fossé culturel que l’on dit grand entre l’église et le monde. C’est que la question du sens, et donc de Dieu, semble ne trouver plus aucun point d’accroche dans son espace mental, tout occupé par les soucis du moment : boulot, enfants à élever, plus exactement, à positionner dans la vie sociale, pavillon à aménager, vacances à préparer. Il n’est ni meilleur ni pire que les autres. Il fait ce qu’il peut et doit se battre dans un monde qui ne fait pas de cadeaux. Il trouve déjà pas si mal de s’en sortir à peu près. Pour le reste… le sens et « Dieu dans tout ça ! » … un continent probablement inutile et trop vaste et complexe à explorer, si tant est qu’on en ait la moindre envie, qu’on y trouve un quelconque intérêt, ou qu’il reste un gramme d’énergie pour cela. Combien sont-ils autour de nous, dans cet état d’esprit ? Combien de chrétiens omettent qu’ils existent, nombreux ? Marie-Christine Bernard Mai 2011
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Saleté
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|  | Au fil des photos qui me tombent sous les yeux, publiées dans les journaux et magazines, des images de documentaires ou de reportages télé, il m’arrive de me sentir traversée par une inquiétude : notre terre ne serait-elle pas en train de devenir une vaste décharge ? Publiée dans le journal La Croix il y a plusieurs mois déjà, une photo me hante. Elle montrait une famille chinoise en train de pique-niquer, sous un autopont, au bord d’une rivière de son vaste pays. Assis dans des pliants, les adultes contemplaient la rive, les enfants jouaient. Illustration d’un moment de détente bien mérité, de type fin de semaine en famille, la photo accompagnait un article sur l’évolution de la société chinoise et l’accession à un toujours plus grand nombre aux loisirs. Mais quelque chose clochait : le sol alentours était jonché de détritus. J’y repensais en lisant l’autre jour que l’île de Lampedusa était devenu une poubelle à ciel ouvert, conséquence, non pas d’un afflux de population, mais d’un croisement entre une logistique insuffisante et un manque de civilité, pour ne pas dire de « j’menfoutisme » de beaucoup. Me revient en mémoire la conversation avec le membre d’une ONG de retour de mission dans une île du Pacifique : il revenait consterné du désolant spectacle de plages souillées, de sous-bois encombrés de déchets, de bords de route parsemés d’emballages, de sacs en plastique voltigeant sans relâche au gré de tous les vents. « Les plages privées des hôtels sont nettoyées tous les jours. Mais pour le reste… ». Le nez collé à la vitre du car, je considère, tristement pensive, la poubelle à ciel ouvert qu’est devenu – au moins ce jour-là…- le bord de route qui mène de Marseille à Cassis. Quand allons-nous enfin nous décider à « habiter la terre » ? Marie-Christine Bernard avril 2011
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Bulles
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|  | La vie sociale devient un bain savonneux avec, dans chaque bulle, quelqu’un. L’eau n’est pas toujours chaude, ni toujours très propre. Mais le savon est bon marché et ses bulles de plus en plus faciles à faire, et aux parois solides. Jacques Brel ne parlait-il pas de « ces métros remplis de noyés » ? Mais non grand Jacques, nous avons appris à nous tenir dans le bain ! Grâce à ces petits outils si performants, nous voilà bien isolés entre nos écouteurs, les yeux captivés par nos écrans multiples, la tête ailleurs, enfin ce qu’il en reste, toujours loin des pieds, l’esprit occupé, le cœur préoccupé, coupé de l’alentours. Tout pour oublier que l’autre est proche, prochain bien concret, non choisi d’emblée, donné en fait, juste pour un bout de chemin d’humanité. Le réel est surprenant, le présent tangible plein de trésors insoupçonnés. Il suffit d’accepter de s’y tenir, et d’apprendre à en dépasser les apparences trompeuses et si souvent éprouvée comme agressives, ou décevantes, au premier abord, au premier abord seulement. Car tout peut en surgir en nous apportant l’air qui nous convient : l’air humain. Alors, fuir le réel est-il donc le dernier mot d’ordre auquel il faudrait se soumettre ? Mais qui ne voit pas que cela revient à se biffer soi-même de l’existence ? C’est comme un sabordage…
Marie-Christine Bernard
février-mars 2011
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SOS Cadeaux en danger !
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|  | Cadeaux formels, cadeaux empoisonnés, cadeaux à message crypté sous-jacent et pas sympa, cadeaux contraints… Les cadeaux ne sont certes pas toujours des cadeaux. Mais que les catégories ici énumérées ne nous égarent pas : elles ne sont que des caricatures de cadeaux. Un cadeau se reconnaît au fait que le donateur désire faire un don bienveillant à l’autre : il est attentionné, présent d’une bonne intention, d’un désir sincère de faire plaisir, avec les moyens financiers, et surtout culturels, que l’on a. Faire un cadeau, c’est toujours exprimer plus que l’objet donné. Celui-ci peut même être tout symbolique comme un poème. Il peut être maladroit, d’un goût si différent du sien propre, décalé, ou faire double emploi dans la panoplie des objets qui saturent notre espace de vie. Il reste lourd de l’intention du donateur, du désir de lien, de la qualité de relation, qu’il espère vivre avec le destinataire. « Objets inanimés, avez-vous donc une âme ? » L’âme que l’on reconnaît en ceux qui nous les offrent, ceux auxquels ils renvoient, oui. C’est pourquoi l’habitude prise de renvoyer, redonner, voire de revendre sans attendre les cadeaux reçus à l’occasion de Noël, parfois sans même les avoir ouverts, me choque et me peine. Je ne peux m’empêcher d’y voir une ingratitude, un mépris du lien humain. Je note au passage que ce sont les grands-parents, et singulièrement les « belles-mères » qui s’en prennent plein la tête à cette occasion (voir publicités, humoristes, allusions lourdes de chroniqueurs radio etc) . Alors que souvent, ce sont eux qui prennent le plus de soin et de souci, à choisir comme ils le peuvent ce qui, ils l’espèrent, fera plaisir à ceux qu’ils aiment et dont ils espèrent l’affection. Alors quoi ? Il n’y aurait plus que des dons d’argent qui feraient plaisir ? En fonction du montant ? Amour tarifé ? C’est coté en Bourse ? 1er Janvier 2011 Marie-Christine Bernard
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Solidarité
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|  | J’aimais bien l’idée selon laquelle tout citoyen français devait avoir les mêmes droits et les mêmes devoirs quel que pût être son lieu d’habitation sur le territoire. Je ne sais pas exactement quand ça a commencé à déraper, et sans doute, le phénomène prend-il sa source en plusieurs endroits. Mais c’est un fait, il y a aujourd’hui trois catégories de citoyens :
- Les habitants des quartiers tranquilles des villes moyennes et grandes semblent pour l’heure privilégiés : ils vivent en relative sécurité, ont accès aux multiples services (culturels, sportifs, administratifs, commerciaux, scolaires, environnementaux, etc). - Ceux qui habitent en ville mais dans les quartiers déficients sont déjà moins chanceux : sécurité moindre, voire insécurité manifeste, services lointains, environnement urbain déprimant. - Ceux enfin qui vivent en milieu rural : ceux-là deviennent les aventuriers des temps modernes. Ils ont intérêt à savoir bricoler pour se tirer d’affaire dans les petits ennuis du quotidien d’une maison, à savoir conduire, parce que tout est loin, à être en bonne santé, pour la même raison, à déborder d’énergie parce que la moindre démarche, la moindre participation à quelque activité oblige à d’interminables trajets sur des routes inégalement entretenues, à avoir une bonne voiture donc, des revenus financiers corrects, et des connaissances solides en informatique parce que le réseau n’arrive pas partout avec la même diligence.
Pourtant, traiter avec égalité tous les citoyens n’est-ce pas ce qui permet de se sentir membres d’une même communauté ? N’est-ce pas là le carburant qui donne sens à l’idée même d’une solidarité nationale ? Marie-Christine Bernard - décembre 2010
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L'appel des bois
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|  | Prise dans la circulation mouillée de ce jour de pluie citadine, les pieds heurtés par le macadam à n’en plus finir, tous les sens agressés par le déversement ininterrompu des invites à consommer, la foule anonyme de toute part, et, accessoirement, les merdes de chien sur les trottoirs… : le cadre est cadrant, bien en place, habituel, banal. Je vis depuis des jours dans ce bain bruyant, aveuglé, agité. Au fond de moi, pourtant, tout au fond, s’est déposé au début de mon histoire de vie, ce qui me permet de tenir aujourd’hui dans cette folie des villes : les bois sauvages, à perte de vue, au cœur de ma Bourgogne. J’y marchais des heures durant, dans la solitude et le silence, par des sentiers à peine esquissés, qu’il fallait deviner, parfois perdus, parfois à faire. Des bois qui respiraient le calme et la bonté. Le temps des randonnées en troupeaux déodorisés n’était pas encore venu. N’étaient à craindre ni les pervers, ni les chiens mal élevés, ni les agression mécaniques. Je ne croisais que quelque gibier vivant sa vie sans plus de souci, parfois des forestiers au travail, rarement les chasseurs que j’évitais soigneusement. Je me délectais dans cette plongée végétale en marchant d’un pas rapide, souple, heureux. J’avais le sentiment de me nourrir. Aujourd’hui, je sais ces espaces troués de constructions, de routes, de loisirs, de balises, plus ou moins envahis de hordes bavardes, inattentives et déchêteuses. Debout dans cette ville arrogante de béton et de saleté, je pleure. Octobre 2010 Marie-Christine Bernard
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Quand le voyage était possible
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|  | « Je parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître ». C’était le temps où partir avec son sac à dos et son envie d’espace était sans danger, moyennent quelques précautions d’usage. Une femme seule, jeune et sans défense, pouvait ainsi jeter ses pas par devant, sans trop de but précis sinon celui de se laisser toucher par les découvertes qu’elle aurait la chance de faire : des choses, des paysages, des gens, des évènements, que sais-je encore, et au bout du compte, la découverte d’elle-même, da sa consistance propre, quand plus rien d’autre ne l’attache au monde ordinaire dans lequel elle a grandi. Plus de lien avec le monde quitté, pas d’internet, pas de téléphonie mobile. Partir, c’était partir. C’était le temps où une personne occidentale n’était pas perçue sous l’angle de sa valeur d’otage en dollars bien comptés. Un temps où s’engager dans un service humanitaire de façon désintéressée n’était pas objet de suspicion a priori. Les moyens y étaient limités et si la tête tournait, c’était plus du palu que de la démesure d’un ego bien pensant. C’était le temps où le tourisme de masse n’avait pas posé sa patte gluante partout, salissant, piétinant, méprisant, arrogant, stupide. Mais cela s’annonçait déjà. Aujourd’hui nous y sommes. Tout n’était pas idyllique, certes, la question n’est pas là. Je constate seulement ceci : notre espace de liberté s’est considérablement réduit, c’est un fait. Est-ce parce que dans le même temps, partout, chez nous comme ailleurs, le respect de soi, des autres, de sa parole aussi, et de sa tenue, recule ? Marie-Christine Bernard 1er septembre 2010
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Un monde qui s'en va
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|  | Un monde qui s’en va La communauté religieuse qui m’accueille à l’occasion d’un de mes passages dans la région, ne m’ouvre pas seulement la porte de sa vaste maison : elle m’ouvre son livre d’histoire, depuis la fondation jusqu’à aujourd’hui, son livre de prière, pour l’office du soir, son livre communautaire aussi, pour le temps d’un dîner partagé. Derrière tout cela, deux siècles ont forgé, formé, construit, enseigné, accompagné, donné, prié, essaimé , instaurant un réseau diffuseur de christianisme, comme un parfum alentours. Pas à pas, traversant les périodes troubles comme les crises internes, les hauts, les bas, toujours dans le courage, l’abnégation, la confiance mise, remise sans cesse, en la Providence, les sœurs, cahin-caha, ont semé ce qu’elles avaient de meilleur : leur foi. Aujourd’hui, la maison, cette grande maison implantée au cœur du village, transformée plusieurs fois selon les besoins de la mission – école, internat, maison familiale, centre de vacances - n’abrite plus qu’une poignée de sœurs âgées, très âgées. Les fissures dans les murs, dans les plafonds, disent en silence que cela ne vaut pas la peine de réparer. Du reste, de la peine, on n’a plus les moyens d’en avoir pour cela : ni côté finance, ni côté projet, ni surtout côté transmission. Car la relève n’est pas au rendez-vous. Les jeunes religieuses il n’y en a pas, ou si peu… Bientôt, me disent-elles, lorsque la dernière d’entre nous encore capable de conduire une auto ne pourra plus le faire, elles rejoindront une maison de retraite, ailleurs. La bâtisse sera vendue. Retapée, elle aura certes fière allure. Mais dans ce village, dans ce canton, la foi chrétienne partira-t-elle avec cette communauté ? Marie-Christine Bernard 14 Juin 2010
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Une pauvre vie
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|  | Une pauvre existence Elle vient de décéder, elle n’avait pas 50 ans. De quoi ? Les personnes qui la connaissaient – enfin, les moins lointaines - haussent les épaules. Ils disent ne pas trop savoir. Ils parlent de « mort naturelle » avec une telle insistance que l’on s’interroge. Oh ! Aucun soupçon d’assassinat ne plane derrière les mots. Seule demeure suspendue au-dessus des silences, la probabilité qu’elle ait succombé à une cuite de trop, voire à une overdose de quelque stupéfiant. Cette femme, je la connaissais de loin, de très loin. Mais la vie avait fait que j’en avais eu des nouvelles par épisodes, depuis sa tendre enfance. Elle était née d’un père qui semble n’avoir jamais vraiment désaoulé de toute sa vie, et d’une mère au cœur généreux mais aux capacités limitées. La violence était la couleur du quotidien. A-t-elle été désirée cette enfant ? Et sa sœur cadette, son frère ? Question qui n’a même pas de lieu où se déposer. La tendresse était bourrue et incohérente. La stabilité n’était que de soubresauts, de tangages, d’improbables. Très tôt, cette fille s’est jetée à corps et cœurs perdus dans la recherche d’un amour inaccessible tant la soif s’était creusée. Bien sûr, ses amis et amants étaient tous des personnes à problèmes dont l’alcoolisme était souvent le moindre. Ses emplois toujours précaires, rendus tels par sa propre instabilité. Ses adresses successives, des gourbis provisoires. Ses ressources, des minima sociaux, complétés de quelques passes. Ses amours, des naufrages. Mais elle avait un cœur gros ça, et si elle cédait si vite à tant d’amour pour des pauvres cabossés comme elle, c’est qu’elle n’était pas dupe de sa propre misère affective, et espérait toujours en sortir, elle-même ou les autres. Son décès me fait mal. Comme si cette vie avait été gâchée dès avant sa naissance. Comme si la mort l’avait attrapée avant qu’elle n’ait reçue le minimum. Et que pouvions-nous ? Jetées dans l’impuissance, les quelques personnes lucides de sont entourage. Effrayées même parfois par l’ampleur du dézingage. Je suis sûre qu’elle est dans le royaume de Dieu : sans doute, c’est là le seul endroit où sa soif d’amour sera enfin assouvie, où la vie pourra lui être heureuse en plénitude. « Les prostituées sont les premiers dans le Royaume ». Elle m’aide à comprendre un peu mieux cette logique là. Marie-Christine Bernard 3 avril 2010
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Quel travail ?
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|  | Coup de blues en constatant la dégradation constante de notre environnement. Pas seulement notre maison, notre écrin, notre nid, je veux dire la planète, ce qui est déjà dramatique, mais aussi notre tente et notre jardin, je veux dire notre espace relationnel et notre aire de travail. Oui, vous avez bien lu. Si je me laisse portée par l’univers biblique, je reçois cet éclairage : la maison = la planète, la nature la tente = les liens affectifs, amicaux, sociaux le jardin = le lieu de travail Parlons aujourd’hui du jardin, cet endroit où l’on travaille. C’est un espace, un temps, une durée, des modes relationnels (une règle du jeu), des activités de productions de biens matériels et immatériels. A travers tout cela, c’est aussi un endroit où chaque personne peut éprouver sa capacité à contribuer à la vie sociale, progresser en se formant, en prenant des responsabilités en rapport avec ses compétences, où chacune se trouve gratifiée d’une manière ou d’une autre, reconnue, appréciée, rémunérée etc… Ce sont là, du reste, les raisons qui font que l’enseignement social de l’Eglise estime le travail nécessaire à l’épanouissement de toute personne. Mais voilà que les « règles du jeu » changent. De plus en plus, la personne au travail est réduite à une productivité immédiate et constante, y compris, c’est le comble, en matière de service ! Que le travail soit rentable, financièrement parlant, quoi de plus normal ? Une entreprise a besoin de profits, ne serait-ce que pour payer ses employés et investir pour la suite. Mais le travail n’est pas que de la rentabilité, ou alors, les travailleurs sont assimilés à des robots, et dans ce cas, il s’agit donc d’une déshumanisation. C’est ainsi que la souffrance au travail ne fait que croître ces dernières années, jusqu’à l’insupportable pour trop de personnes. La fin ne justifie pas les moyens : ainsi, viser le profit légitime ne justifie pas que l’on piétine l’humanité de l’humain pour l’obtenir. L’obtenir à ce prix, c’est le rendre illégitime de facto, tout légal qu’il puisse être. 2 novembre 2009 M-C Bernard
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Où sont les sources ?
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|  | Aujourd’hui, j’interviens dans le Val d’Oise. Ce département est associé à la vaste Région Parisienne : c’est le « neuf cinq ». Un chef d’entreprise m’a dit récemment à quel point cette habitude de désigner ainsi ces départements l’exaspérait. Il m’a mis la puce à l’oreille, et je crois que je partage son agacement. Je prends conscience que le « Val d’Oise » renvoie à tout un monde : on imagine une rivière, bien sûr, et ses ruisseaux, donc la pêche, la baignade, les barques et les guinguettes ; et puis de la verdure « où chantent les oiseaux » ; et pourquoi pas un ou deux châteaux, et des bois, et…. Voilà Eaubonne, Enghien-les-Bains. Les sources bien sûr ! Des sources d’eau sulfurée aux vertus bénéfiques, d’où les établissements thermaux et…le casino. Je n’aurai pas le loisir de sortir des alignements de maisons de banlieue, de barres d’immeuble et de zones urbaines, qui bordent la ligne de RER : je considère donc que je ne connais qu’une partie du Val d’ Oise. Mais cette idée de source bienfaisante m’intrigue. Après renseignement, c’est la douche, certes, mais froide. J’apprends que l’urbanisation a tellement bouleversé le terrain, qu’au fil des constructions, la ou les sources, ont été perdues. « L’eau s’écoule probablement ailleurs, en sous-sol, mais où, on ne sait plus » me dit cette personne d’un certain âge, native du Val d’Oise. Elle accompagne son propos d’un geste désabusé, partagée entre le regret résigné, et le sentiment qu’il y a des choses plus graves. Je regarde défiler les façades des immeubles, les panneaux publicitaire grand format, les commerces, les rues, routes et ronds-points et auto-ponts. Je prends acte que, si cette perte-là est vraie, ça me fait de la peine. Cette info se glisse au fond du cœur, vient en rejoindre d’autres qui me chagrinent tout autant. Il semble que perdre la trace des sources - et leurs eaux douces ne sont-elles pas toutes bienfaisantes ? - soit de mauvaise augure pour la recherche de sens. On s’étonnera que l’humain erre, perdu dans sa vie, à la recherche de repères pour trouver son monde, où vivre ait un sens. Mais oublier les sources, les tarir dans le béton, les laisser se perdre, n’est-ce pas s’éloigner du souvenir même de la Source vitale hors de laquelle toute vie se délite ? Marie-Christine Bernard 18 septembre 2009
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