Mondiale lenteur

Ils sont des centaines à sillonner la planète, en solo, en duo, en trio ou plus (guère plus en fait) durant des semaines, des mois, des années, à pied, à vélo, à cheval, en skate, en voile, avec un âne, en roulotte, en kayak… Ils ont choisi de transporter leur barda, d’avancer lentement, de vivre sobrement. Certains basculent dans le voyage vagabond comme dans un style de vie à long terme. Après un temps de réadaptation à la vie « normale », d’autres reviennent clairement décidés à asseoir une stabilité familiale, professionnelle, quelque part. Tous disent à quel point l’expérience reste pour eux un point d’ancrage déterminant dans la vie. Quand on les écoute, quand on lit leurs blogs, leurs témoignages, ces mots-là reviennent souvent : aller à la rencontre, prendre le temps, s’ouvrir, vivre vraiment, échapper à une existence routinière et statique, être au plus près de la nature, de la vie des gens, respecter l’environnement… Si ça vibre d’idéalisme par endroits, il arrive aussi qu’affleure le côté plus sombre du voyage : les galères habituelles (pannes, vols, maladies, tracasseries diverses), la peur, l’hostilité rencontrée parfois, la lassitude aussi et la fatigue. Mais la plupart du temps, de tout cela, reste un émerveillement durable. Ils éprouvent ainsi la consistance même de la vie, du fait de vivre, dans sa beauté et sa douleur mêlées. Ils apprennent à habiter leur corps et leur esprit unifiés par la simplicité d’une avancée au rythme doux qui convient à l’équilibre humain. Ils ouvrent les yeux et les oreilles. Ils sont heureux. Ils partagent leurs aventures par internet. Ils sont peut-être les premiers mutants post-post-modernes.

Marie-Christine Bernard
Octobre 2012