Gaspillage ordinaire

Ma rue, tranquille, est longue d’une centaine de mètres et, en sens unique, très peu passante.

Voilà que ce matin, est tout d’abord apparu un homme, « technicien de surfaces extérieures », à l’habit floqué des armes de la Ville. Armé d’un sarcloir, il a coupé avec soin toutes les herbes indésirables que la sécheresse n’a pas empêché de laisser apparaître sur le trottoir et le long de la rigole qui bordent la rue.

Puis un autre professionnel flanqué d’un souffleur à moteur exaspérant de décibels, s’est appliqué à pousser les herbes ainsi arrachées un peu plus loin sur la chaussée.

Deux heures plus tard, un camion muni de gros rouleaux à brosses a entrepris de les ramener dans sa benne, moyennant un bruit infernal le temps de passer trois fois, protocole oblige, parce qu’en fait, un seul passage aurait amplement suffi.

Et l’on se demande s’il n’aurait pas été plus judicieux, plus économique, plus écologique, plus vertueux, plus rationnel, plus intelligent, plus simple, en un mot, mieux, que l’homme au sarcloir balaie avec un balai (un manche terminé d’une brosse), pousse sa maigre récolte dans une pelle, et verse le tout dans un récipient qu’il aurait suffi de caler dans sa camionnette de service avant de le reverser, en fin de journée, dans le bac à déchets verts de son entrepôt…

C’est ainsi qu’on réalise à quel point on s’est habitué à vivre au-dessus de nos moyens, au-dessus des moyens de notre planète.

Marie-Christine Bernard – septembre 2022